Glossaire Européen de l'Education: Examens, Diplômes et Titres
Reconnaissance de diplômes pour travailler en Suisse
Arrêté du 25 avril 2002 relatif aux études doctorales
Informations et Documentations sur les Ecoles et Diplômes : Studyrama
Bibliographie
COURBON B, COURBON D, PEROTIN C, QCM d'admission en IUFM : Français, mathématiques, connaissances générales, Vuibert, 2006
DELBRAYELLE A, DUSZYNSKI M, Concours externe de Professeur des Ecoles : L'option littérature de jeunesse, Vuibert, 2006
VERMOREL F, La Ferme aux professeurs : Journal d'un stagiaire, Paris, 2006
Emission ARTE : 'Le Baccalauréat, deux siècles d'épreuves', réalisation Patrick Cabouat, 2002
Résumé : Les origines, la fonction et l'histoire du baccalauréat depuis sa création par Napoléon en 1808. Au-delà de la sanction d'un savoir, clairement affichée pour la formation d'une élite. Témoignages de lycéens et de professeurs.
Extraits de l'Emission :
Philippe MEIRIEU, Professeur des Universités
'C'est peut être le dernier grand rite initiative, rite initiatique collectif.'
Antoine PROST, Historien, Professeur à l'Université de Paris I
'Les autres rites de passage ont disparu. Le service militaire a disparu, pour les garçons ; la communion solennelle était extrêmement importante, notamment pour les filles, elles étaient habillées comme une petite mariée, elles avaient le droit d'aller au bal après. Et le seul seuil qui subsiste entre deux âges c'est le baccalauréat.'
Philippe MEIRIEU
'La fonction première du baccalauréat est peut être plus une fonction sociale, voire une fonction mythique, qu'une fonction scolaire. Et tant qu'on ne comprend pas cette fonction de rituel, cette fonction de scansion sociale, cette fonction quasiment sacrée du baccalauréat, on ne comprend pas les raisons pour lesquelles les français y sont tant attachés.
C'est un examen, on peut dire aussi que c'est une forme de concours puisque le taux d'échec est à peu près le même chaque année et que globalement le baccalauréat est fait pour faire réussir 70% des jeunes qui le passe.
Mais, à l'origine, le baccalauréat est un vrai concours quand il est créé en 1809 par Napoléon. C'est un concours avec toutes les modalités du concours et c'est un concours qui veut délibérément recruter des élites, il est fait pour cela, il est organisé pour cela, conçu pour cela.'
Voix off :
Pour Napoléon, la création du baccalauréat est un acte politique fort, une réponse aux carences de la révolution en matière d'éducation. Lorsqu'il arrive au pouvoir elle est toujours aux mains des congrégations religieuses.
Ce système éducatif est à l'image de la société foncièrement inégale. Il existe une école pour les notables et une école pour le peuple où on se contente de dispenser les rudiments de l'instruction.
Napoléon considère qu'il faut repenser le système scolaire qui sera, avec le code civil, un des fondements majeur sur lequel il va reconstruire la France.
Le concordat signer avec l'église lui laisse les mains libres pour conduire sa réforme. Cette réforme est inspirée par trois idées fortes, d'abord, faire naître le sentiment d'appartenance à une nation commune par l'unicité de l'enseignement. 'Tant qu'on n'apprendra pas dès l'enfance s'il faut être républicain ou monarchique, catholique ou irréligieux, l'Etat formera point une nation, il sera constamment exposé au désordre et au changement.' Deuxième idée forte, pourvoir à l'absence de cadre administratif émigré à l'étranger pour fuir la révolution. Enfin, doter l'université en professeurs capables de faire passer les examens aux élèves mais également susceptibles de former un corps intermédiaire chargé de diriger les opinions politiques et morales.
Antoine PROST
'Réorganiser l'université après la révolution française n'était pas une entreprise facile, il fallait trouver des professeurs, il fallait trouver des inspecteurs généraux, il y a tout un travail de remise en place et les effectifs de l'enseignement secondaire sont inférieurs dans la première moitié du XIXème siècle de ce qu'ils étaient avant la révolution française. Là, vous avez un travail de reconstruction qui prend du temps.'
Voix off :
Pour structurer ce système, on doit fixer à la future élite un objectif clairement identifié qui sert de pierre de touche à l'ensemble de toute cette charpente, ce sera le baccalauréat.
Les lycées sont assignés à un rôle bien précis, former les cadres de l'administration et de l'armée, les jeunes gens en uniforme seront astreints à un régime militaire, ils obéiront tous sur l'étendu du territoire au même emploi du temps et utiliseront les mêmes manuels. Issus de la bourgeoisie, ils seront éduqués sévèrement dans un esprit de docilité et de reconnaissance.
Clé de voûte du système, le baccalauréat sanctionnera les études secondaires et ouvrira les portes des études supérieures. Conséquence de ce choix, il sera marqué du péché originel par sa destination aux seules élites.
C'est en 1806 que l'empereur dicte à Fourcroy les principes généraux devant conduire au décret impérial créant le baccalauréat. Alors directeur de l'instruction publique, autrefois médecin, auteur de plusieurs ouvrages de science, titulaire d'une chaire de chimie sous l'ancien régime, puis membre de la convention, Fourcroy est un pragmatique et moderniste.
Deux ans et vingt deux rédactions successibles lui seront nécessaires jusqu'au décret impérial dont le titre 3 arrête les conditions des grades, des facultés et des moyens de les obtenir. L'article 16 stipule : les grades dans chaque faculté seront au nombre de trois, à savoir, le baccalauréat, la licence, le doctorat. L'article 19 précise : pour être admis à subir l'examen du baccalauréat dans la faculté de lettres, 1- être âgé au moins de seize ans, 2- répondre sur tout ce qu'on enseigne dans les hautes classes de lycées. Nous sommes le 17 mars 1808.
Pour imposer cette révolution éducative, Napoléon s'est inspiré de la modernité de l'enseignement reçu à l'école militaire de Brienne où on formait des officiers du génie, des artilleurs, des ingénieurs des ponts et chaussées.
Antoine PROST
'Cette modernité, c'est la touche même que Napoléon introduit quand il reconstruit les lycées, car par rapport aux collèges d'avant la révolution, les lycées, certes, c'est le latin, mais c'est le latin plus les maths.'
Voix off :
La révolution éducative introduite par Napoléon continue, aujourd'hui encore, à survaloriser les scientifiques au détriment des littéraires.
Autre aspect de cette modernité, le nouveau système éducatif, à la différence de celui de l'ancien régime, est centralisé dans la main de l'état.
C'est Louis de Fontanes, un libéral, grand maître de l'université, qui est chargé par l'empereur de définir les modalités d'examen. Il y aura 5 baccalauréat, lettres, sciences comprenant mathématiques et physiques, médecine, droit et théologie.
Dans la pratique, c'est un examen qui fait essentiellement appel à la culture gréco-latine. Après trois ans de mise en place, la première session à lieu en juillet 1809. Huit candidats seront interrogés en même temps par un jury de professeurs d'université. Les épreuves seront uniquement orales sous forme de discussion à bâtons rompus portant sur les auteurs grecs et latins, la géographie, l'histoire et la philosophie. L'oralité de l'examen confère un avantage aux candidats issus des milieux favorisés, il pénalise les candidats d'origine provinciale et paysanne car ces régionaux sont affectés d'un fort accent.
Antoine PROST
'Le jury vote, les examinateurs votent, on ne comptabilise pas les notes et on fait une moyenne, on met des boules dans une urne, des boules blanches ou des boules noires. Quand on met une boule noire ça veut dire qu'on ne veut pas qu'il passe. Quand l'examen est fini on sort le nombre de boules, s'il y a plus de boules noires que de boules blanches, le candidat est black ou lait.'
Voix off :
Boules blanches, boules noires, c'est la même procédure pour être admis en franc-maçonnerie. On ne pouvait mieux conférer au baccalauréat sans caractère d'épreuve à la fois initiatique et élitiste.
Son avatar d'aujourd'hui, le bac général porte toujours cette double marque d'origine, l'obtenir c'est avoir été initié par préférence sociale. Il constitue le passeport indispensable pour les grandes écoles et les hautes fonctions, chasse gardée des classes privilégiées.
Philippe MEIRIEU
'En 1809, lors de la première session du baccalauréat, il n'y a que 31 candidats, 31 candidats qui passent 3 épreuves orales, une épreuve de rhétorique, une épreuve de philosophie, une épreuve d'histoire. Dès l'année d'après, on va introduire une nouvelle épreuve, une version latine. Petit à petit, le nombre de candidats va grossir, 4 ans plus tard il y a déjà 1700 candidats qui passent les 4 épreuves. 4 épreuves qui vont être enrichies et le baccalauréat ne va pas cesser de changer. D'années en années, on va modifier, ajouter, retrancher.'
Voix off :
En 1840, une épreuve écrite est rendue obligatoire par le ministre de l'instruction public, Victor Cousin. C'est une version latine censée mettre en lumière les aptitudes des candidats.
'Pour la première épreuve, les candidats seront tenus de faire une version latine à peu près de la même force et de la même étendue que les versions latines qui se donnent en rhétorique.'
Victor Cousin justifie sa réforme en ces termes : 'Quand on n'a pas su en deux heures et avec un dictionnaire traduire convenablement en français une page de latin, il est superflu d'être interrogé sur des textes de Vigile, Ciceron
et Tacite
. Il n'y a donc qu'une seule épreuve écrite mais cette épreuve écrite sera décisive.'
L'écrit, à la fois, parce qu'il faut mesurer l'écrit et que tout le monde s'en rend compte, mais aussi parce que les candidats sont déjà trop nombreux pour que l'examen se passe exclusivement à l'oral.
S'il était admis à l'oral, le candidat tirait sur 500 questions numérotées un texte à expliquer et un sujet d'interrogation. Le bachotage était né. Du coup, une industrie nouvelle prend son envol, celle des boîte à bachots, avec ses passeurs, surnommés ainsi parce qu'ils passent l'examen en lieu et place des candidats ayant acheté leurs services.
'Nous avons deux manière de vous faire recevoir le bac, la première c'est de faire passer votre examen par un autre, la seconde c'est de la faire passer par vous-même.'
L'engouement à l'égard de l'examen suscite la triche. Une loi est votée en décembre 1901 pour punir les fraudeurs d'une peine allant jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 10000 francs d'amende.
Tous les moyens sont bons pour bénéficier du prestige conféré par l'obtention du diplôme, témoin Littré, le grand Littré qui n'hésite pas à recommander sans vergogne à un membre du jury, le fils, probablement cancre, d'un de ses amis.
Entre 1820 et 1850, plus de 70 décrets, ordonnances et règlements modifient les modalités d'examen.
Il est désormais exigé pour entrer dans les grandes administrations, il donne droit à deux point supplémentaires pour l'accès aux grandes écoles, manière pour la bourgeoisie de couper la route de la réussite à qui n'a pas reçu en héritage la culture classique, manière également de renforcer le pouvoir des classes dirigeantes et celui des hommes d'abord.
Philippe MEIRIEU
'Bien sûr, à l'origine, le baccalauréat est une affaire d'hommes, une affaire de garçons. Il fut attendre 1860 pour que la première femme, Julie-Victoire Daubié, tente le baccalauréat.'
Voix off :
Née dans les Vosges en 1824, d'origine modeste, autodidacte, Julie-Victoire Daubié reçoit une éducation primaire et religieuse. Elle apprend avec son frère qui est prêtre, le latin et le grec, discipline généralement non dispensées aux femmes. A 20 ans, elle obtient son diplôme d'institutrice.
Elle demande à se présenter au baccalauréat jusqu'alors réservé aux hommes. On lui oppose un refus catégorique. Elle renouvelle plusieurs fois sa demande mais essuie à la Sorbonne, en particulier, le même refus.
Elle s'est fondée, pour justifier sa démarche, qu'aucun texte n'interdit aux femmes de se présenter. Ce n'est qu'en 1861, à 36 ans, qu'elle est autorisée à soutenir l'examen à la faculté de Lettres de Lyon. Non sans mal puisqu'on lui conseille de laisser ignorer autant que possible la date à laquelle elle se présentera devant le jury.
'Mademoiselle, j'ai l'honneur de vous faire savoir que vous aurez à choisir entre le 13 et le 16 août pour le premier jour de votre examen du baccalauréat ès Lettres. Si vous voulez éviter une trop grande affluence de curieux vous ferez bien de choisir le 13 au lieu du 16 et de laisser ignorer autant que possible.'
Elle subira avec succès les différentes épreuves orales et écrites. Et le 17 août 1861, Julie-Victoire Daubié sera la première femme admise bachelière, bachelière ès Lettres.
Près d'une année lui sera nécessaire pour se faire délivrer son diplôme. L'impératrice Eugénie devra provoquer un conseil des ministres en présence de Napoléon III pour contraindre Gustave Rouland, ministre de l'instruction public, à le lui signer.
La réussite de Julie-Victoire Daubié marque un tournant décisif dans la lutte des femmes pour l'accès à l'enseignement supérieur qui passe nécessairement par la réussite au baccalauréat.
(...)
- Jules Ferry : accès aux lycées des jeunes filles. Décembre 1861, Certificat d'Etude spécifique et non baccalauréat.
- Première guerre mondiale --> aspiration à l'égalité obtenue par Léon Berard
- Réforme de Léon Bourgeois : intégration du sport
- 1898 : tentative de suppression du baccalauréat
- 1907 : Aristide Briand demande à son tour la suppression du baccalauréat. Echec car il se heurte à la fédération nationale des amicales des professeurs de lycée qui se prononce à la quasi unanimité pour son maintien. Pour ces enseignants, la question pédagogique dissimule une question sociale, il faut démocratiser l'examen --> réussite qui est faite en fonction du niveau social.
- 1930 : Edouard Herriot rend les lycées gratuits. Mais, là encore, l'accès au lycée ne rend pas la réussite --> le nombre de bacheliers double.
- Fin des années 50 : demande d'école. Période de prospérité.
- 1968 : écrit disparu cette année là. 20% de réussite contre 16% avant. Arrivée des enfants du baby boom + demande de l'industrie --> bac technologique --> mais reste dévalué face au général, mythique diplôme.
- 1985 : amener 80% de la classe d'âge au baccalauréat --> création du baccalauréat professionnel par Laurent Fabius. Mais reste des inégalités de choix d'orientation.
Bibliographie
AUDIER S, Léon Bourgeois : Fonder la solidarité, Michalon, 2007
BERNARD C, Victor Cousin, ou, La religion de la philosophie,
BERSTEIN S, Edouard Herriot, ou, La République en personne, Presses de Science Po, 1985
DAUBIE J-V, La femme pauvre au XIXème siècle, 1869, Condition morale,
LITTRE E, Comment j'ai fait mon dictionnaire,
MANCERON G, 1885 : le tournant colonial de la République : Jules Ferry contre Georges Clemenceau, et autres affrontements parlementaires sur la conquête coloniale, La Decouverte, 2007
MEIRIEU P, Pédagogie : le devoir de résister, ESF, 2007
PROST A, Petite histoire de la France au 20e siècle, Armand Colin, 2003
UNGER G, Aristide Briand, Fayard, 2005
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