LE DEVELOPPEMENT DU LANGAGE



Tous les enfants n'entrent pas dans le langage au même rythme, ni de la même façon.

Le langage du nourrisson

Le nourrisson n'émet que des sons végétatifs : pleurs de détresse, cris de faim... Mais il est déjà sensible aux sonorités de la parole, il différencie des contrastes phonétiques discrets : 'ta', 'ton', 'pat' et 'tap'.

Si dans les premiers temps, les sons du bébé n'ont pas de sens pour lui, son entourage va lui en donner. Le bébé va établir un lien entre ses cris et la présence des adults, il va les utiliser comme des signaux adressés à son entourage pour qu'il agisse sur lui.

Pendant les premières semaines les bébés apprécient plus particulièrement les voix féminines. Au cours de sa vie intra-utérine, il a surtout perçu des sons aigus, les seuls à traverser facilement les 'parois' qui les séparent du monde extérieur.

La voix masculine sera à son tour appréciée par habituation.

Dès la première semaine, le nourrisson distingue la voix de la mère de celle des autres locuteurs, ainsi que sa langue maternelle des autres langues (il y a accélération de son rythme de succion à une voix étrangère).

A 2 mois, il 'jase'. Période des gazouillis et roucoulements : 'aheu' plutôt que 'areuh' car il ne peut pas encore prononcer des consonnes.

Progressivement, l'enfant va reconnaître les personnes et établir un lien entre les paroles qu'elles prononcent et certains objets qu'elles désignent.

Aux environs de 3 mois, l'enfant comprend des mots simples comme "papa". L'un des facteurs fondamentaux permettant le développement de la communication linguistique va être la communication affective, pour que l'enfant parle il faut qu'il le désire.

Vers 4 mois, ses gazouillis vont correspondre à un babillage plus complexe. Vers la fin de la première année, le babillage est plus clair et on constate la répétition intentionnelle de certaines sonorités, l'enfant a alors la possibilité de prononcer le premier mot.

Ce premier mot manifeste l'intention d'une signification précise et correspond véritablement à l'accès au langage. Il n'y a pas de mot privilégiés apparaissant plus systématiquement que d'autres. L'âge d'apparition se situe entre 9 et 12 mois.
Ce premier mot a plus de signification pour l'enfant qu'il n'en a pour l'adulte, c'est pourquoi on le qualifie de mot-phrase car il ne renvoie pas seulement à un objet mais à une action ou à une situation. Ex : "maman" peut signifier "elle arrive"

Vers 14-16 mois : le 'proto-langage'. Les mots ressemblent encore à du babillage mais ils ont une signification pour l'enfant et ses proches. L'enfant comprend bien plus de choses qu'il en exprime, par exemple, la syntaxe. Ses mots sont des phrases contractées en un mot. Il est capable, par exemple, de comprendre : 'Attends mon bébé, maman va te donner ton biberon, puis nous irons faire une petite promenade...', mais il ne pourra exprimer s'il préfère faire la promenade d'abord et manger ensuite.

A partir de 18 mois : apparition des phrases. Dès 2 ans, il apprend un mot par heure (en moyenne). L'enfant va aussi bien retenir les mots rares que les mots courants. Cette mémorisation peut être dépendante de son goût pour la sonorité du mot, de l'amusement à le prononcer...

Quelques chiffres

- 10 mois = 1 mot
- 1 an = 3 mots
- 18 mois = 20 mots
- 21 mois = plus de 110 mots
- 2 ans = plus de 200 mots
- 3 ans = près de 900 mots
- 6 ans = plus de 2500 mots

 

L'éveil à la parole

Jusqu'à 3 mois, le bébé possède encore un pharynx archaïque : son larynx (qui contient les cordes vocales) est encore haut placé, près des fosses nasales. Quant à sa bouche, elle est encombrée par une langue volumineuse et encore peu mobile. La position du larynx, haute, permet à l'enfant de téter tout en respirant.

Ce n'est qu'aux alentours de 3 mois que le bébé, capable alors de tenir sa tête droite, dégagera ses 'outils' de langage et pourra prononcer des sons plus précis comme 'é', 'k', 'r', puis toutes les consonnes (avant, seules les voyelles lui étaient disponibles). Le larynx descend rapidement, d'où les premiers gazouillements qui deviennent vite des mots articulés.

Cet éveil à la parole émerveille autant les parents qu'il passionne les scientifiques. Le langage humain est, selon l'appellation des spécialistes, un système génératif qui permet de construire un nombre infini de phrases à partir d'un nombre fini de mots (50 000 à 100 000 dans le vocabulaire moyen d'un adulte) dont le sens est fixé par convention. Si l'on ignore un mot, on en cherche le sens dans un dictionnaire. En revanche, on peut comprendre le sens de toute combinaison nouvelle de mots au sein d'une phrase, car cette combinaison est régie par un ensemble de règles : la syntaxe. Or, dès l'âge de 3 ou 4 ans, les enfants maîtrisent l'essentiel de cette syntaxe, sans l'avoir apprise. On n'apprend jamais à l'école que dans la phrase "Cet enfant a un ballon. Celui-là en a un aussi", "celui-là" désigne un autre enfant et "un" un autre ballon. D'où l'idée, avancée dans les années 50 par le linguiste américain Noam Chomsky , d'une prédisposition génétique humaine à apprendre un langage. Depuis, des centaines de chercheurs ont essayé de décrypter les fondements de cette "grammaire universelle" innée dont Chomsky postulait l'existence, mais dont la nature reste énigmatique. (Mikhaïl Stein, "Comment la parole vint à l'homme", research*eu, numéro spécial, novembre 2008, p.16-17)

 

La communication non-verbale (Crais, Douglas et Campbell, 2004)

5-6 mois : regarde et vocalise

6 mois : repousse, tend les bras pour être porté. Montre de l'intérêt à l'autre.

7-8 mois : atteint les objets avec toute la main. Comportement d'anticipation. Regarde l'adulte et vocalise

8 mois : repousse des deux mains. Fait signe de la main en fonction du contexte

9 mois : atteint les objets avec la main ouverte/fermée. Comportement participatif, frappe dans ses mains. Donne les objets

10 mois : touche l'adulte. Fait des signes de la main sur incitation, initie des jeux sociaux, danse au son de la musique. Montre des objets

11 mois : pointe du doigt. Montre la fonction de l'objet. Pointe pour commenter

12 mois : donne les obejts, regarde alternativement l'objet et l'adulte

13 mois : secoue la tête pour dire "non". Prend les objets contre lui, frappe dans ses mains avec enthousiasme. Pointe pour demander

14 mois : prend l'adulte par la main. Pointe pour demander de l'information.

15 mois : fais claquer ses lèvres, envoie des bises

16 mois : hoche la tête pour dire "oui"

17 mois : hausse les épaules, "chut"

 

Les petits défauts d'élocution

Les anomalies du langage chez les petits peuvent être liées à un problème d'audition, à une malformation physique, ou encore à un dysfonctionnement de la maîtrise du langage.

Certains de ces troubles disparaîtront d'eux-mêmes vers l'âge de 3 ou 4 ans, mais d'autres doivent être examinés au plus tôt.

Si son babillage s'appauvrit ou n'évolue pas, une baisse d'audition est la première cause à envisager.

Le zozotement (ou 'zézaiement')

Il se traduit par la difficulté à prononcer certains sons : l'enfant remplace par exemple le 'ch' par 's', le 'j' par 'z'.
Ce petit défaut s'estompe généralement de lui-même vers l'âge de 4 ans.

Sucer son pouce entraîne une mauvaise position de la langue qui peut provoquer ou perpétuer le 'zozotement'.

Le bégaiement

Il faut distinguer le bégaiement d'origine physiologique, qui dure généralement le temps de l'apprentissage de la parole puis disparaît vers 3 ans, d'un problème pathologique plus sérieux.

Celui-ci peut apparaître à n'importe quel âge, souvent après un événement qui a bouleversé l'enfant (un nouveau petit frère par exemple). Il s'agit généralement d'enfants inquiets, qui ont peu confiance en eux.

Le retard de langage

On ne peut véritablement en parler qu'à partir de 3 ans, si l'enfant a un vocabulaire très réduit, construit mal ses phrases et n'utilise pas la première personne en parlant de lui.

D'autre part, s'il ne prend jamais l'initiative de parler avec les enfants de son âge et les adultes, s'il ne semble pas comprendre des phrases longues mais relativement simples.

La dyslexie

Il s'agit d'un trouble du développement linguistique et neuropsychologique dont les causes sont encore mal connues. Il peut être léger, moyen ou particulièrement sévère. Par exemple, l'enfant a tendance à confondre les sons : 'ch' et 'j', 'f' et 'd', 'g' et 'k'..., et les lettres de formes voisines : 'd' et 'b', 'q' et 'p'.

Si on ne peut véritablement pas parler de dyslexie avant l'âge de trois ans, certains signes peuvent être annonciateurs :

- à l'âge de 18 mois, l'enfant peut avoir du mal à contrôler sa motricité en marchant ;
- à 2 ans, il est possible que le démarrage du langage soit trop lent ;
- à 3 ans, certains troubles de la motricité peuvent encore persister, et l'on remarque quelques difficultés à prononcer certains sons ou à construire des phrases correctes, surtout s'il s'agit de mots longs et multisyllabiques.

70 % des dyslexiques présentent des antécédents familiaux.

 

Les pronoms

 

Quelques repères de développement (Fay, 1969, Hamann et al, 1995) :

- développement des pronoms après les noms, jusqu'à 30-36 mois
- 18-22 mois : apparition de 'moi' puis de 'toi' vers 22 mois, suivi de 'il' ou 'lui'
- à 24 mois, utilisation des pronoms comme des noms (moi=maman, toi=nicolas)
- à 28-32 mois, utilisation du prénom pour 'je', utilisation de 'moi' pour 'je' mais pas l'inverse
- à 36 mois, encore des remplacements de 'toi' par 'moi' mais rarement de 'tu' par 'je'.

Frith (1989) explique l'inversion pronominale des enfants autistes par leur mode d'apprentissage langagier de type associatif. L'enfant autiste a appris à associer cette phrase "veux-tu un yaourt" à l'événement (recevoir un yaourt) mais pas ce qu'elle veut dire (Courtois-du-passage, 2004).

 

De 6 à 12 ans

6 ans

Utilise environ 2500 mots

Ecrit son nom sans modèle

Apprend à lire un texte court

Peut faire des liens de cause à effets dans un récit (expliquer ce qui a provoqué telle situation)

7 ans

Saisit sans mal un texte non illustré et comprend la logique d'un récit

Fait des liens d'anticipation dans les récits (imaginer ce qui arrivera)

Développe graduellement de la fluidité en lecture

9 ans

Est en mesure d'écrire une véritable histoire

Comprend la syntaxe (l'organisation des mots dans la phrase)

11 ans

Bonne structure de phrase avec plusieurs éléments intégrés

 

Bibliographie

BON C, CHAUVEL D, Images et langage en maternelle, Retz, 2004

FERLAND F, Le développement de l'enfant au quotidien : du berceau à l'école primaire, 2005

FERLAND F, Le développement de l'enfant au quotidien : De 0 à 6 ans, 2014

FERLAND F, Le développement de l'enfant au quotidien : De 6 à 12 ans, 2015

HOMBERT J-M, Aux origines des langues et du langage, Fayard, 2005

KAIL M, FAYOL ML'Acquisition du langage, vol.1, Paris, PUF, 2000

VELDMAN F, Haptonomie, science de l'affectivité, PUF, 2001

 

Plus en détails :

KREMER J-M, DENNI-KRICHEL N, Prévenir les troubles du langage des enfants, J. Lyon, 2010 Conçu par deux orthophonistes renommés, voici un ouvrage simple pour mieux comprendre et prévenir les troubles du développement du langage chez l'enfant. Quelle est la différence entre voix, articulation, parole et langage chez l'enfant ? Ce livre, comme un guide, nous aide à détecter facilement les signes d'alerte âge par âge. Des fiches pratiques pour mieux se repérer et aussi plein de conseils pour accompagner l'enfant dans le développement du langage et l'aider en cas de difficulté.

ROMAGNY D-A, Repérer et accompagner les troubles du langage : Outils pratiques, mesures pédagogiques, adaptatives et rééducatives, Chronique Sociale, 2005
Outils pratiques, mesures pédagogiques, adaptatives et rééducatives Cet ouvrage, centré sur les troubles du langage de l'enfant, vise à resserrer les liens de travail entre l'enfant qui présente ces troubles, ses parents qui vivent au quotidien les difficultés de leur enfant et les professionnels de la petite enfance. Ce livre s'adresse : - aux enseignants désireux de préciser leurs connaissances dans le domaine du langage afin de mieux gérer le temps langage en classe, de mieux repérer les enfants porteurs de troubles du langage et de les aider ; il leur propose une série d'outils pratiques et concrets et un livret langage à remettre aux parents concernés ; - aux médecins et psychologues scolaires amenés à faire du dépistage ; il leur propose des outils de dépistage et leur indique les procédures à suivre ; - aux orthophonistes qui trouveront des éléments de conduite de bilan du langage et des pistes de rééducation ; - aux auxiliaires de vie spécialisés et assistantes maternelles pour appuyer leur connaissance dans le domaine du langage ; - aux parents pour trouver des repères précis de l'évolution du langage de l'enfant ; ils trouveront dans le livret langage des conseils pour éveiller, aider leur enfant à développer son langage. Cet ouvrage a pour vocation de sensibiliser les personnes gravitant autour de l'enfant, à travailler tous ensemble pour le bien-être de l'enfant.

 

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Commentaires

  • BRUDI
    • 1. BRUDI Le 23/12/2008
    Le terme de bégaiement physiologique induit en erreur car il incite les familles et malheureusement nombre de professionnels à attendre ("puisque c'est physiologique, ça passera..."; mais c'est loin d'être toujours le cas, ce qui fait perdre un temps précieux).
    Il est donc conseillé pour tout bégaiement de faire pratiquer sans attendre un bilan orthophonique suivi d'une éventuelle guidance parentale pour éviter que le trouble ne se chronicise; plus de renseignements sur le site de l'Association Parole Bégaiement: http://begaiement.org/prevppe2.pdf
    (ou page d'accueil: http://www.begaiement.org/)
  • BRUDI
    • 2. BRUDI Le 23/12/2008
    La dyslexie répond à des critères diagnostiques très précis dont un retard lexique de 18 mois ou plus par rapport à l'âge réel; on ne peut donc poser ce diagnostic que pour des enfants lecteurs depuis plus de 18 mois (donc à partir du CE1). Plus d'infos sur le portail de la Fédération Nationales des Orthophonistes: http://www.orthophonistes.fr/upload/181120041423livretdinformationdyslexie.pdf

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