Cette méthode est un programme de formation parentale se déroulant de la manière suivante: Une fois l'enfant admis en vue d'un traitement, les thérapeutes informent les parents des exigences de l'emploi du temps requis. L'un des deux parents sera tenu de travailler avec l'enfant la plus grande partie de la journée pendant au moins un an. Si les deux parents travaillent, ils ne pourront s'engager qu'à condition de restreindre cette activité pour au moins l'un d'entre eux. D'autres contraintes peuvent être proposées tel que retarder le projet d'avoir un autre enfant ou d'autres événements importants. Si les parents le comprennent et tombent d'accord, ils signent avec eux un contrat légal qui stipule en termes généraux ce qu'ils peuvent attendre d'eux et inversement.
Un ou plusieurs thérapeutes vont travailler avec le parent, à domicile, à dater du premier jour (au moins dix heures par semaine).
Dans son système, Lovaas met l'accent sur trois techniques d'apprentissages spécifiques, à savoir: 1) Les techniques pédagogiques s'appuyant sur la lecture et la théorie; 2) Les procédures d'imitation dans lesquelles le parent doit imiter et se modeler sur le thérapeute expert; et 3) Les techniques vidéo au moyen desquelles le parent peut observer l'enregistrement de sa propre interaction avec l'enfant qui est ensuite critiqué par un thérapeute responsable.
Le traitement contient plusieurs techniques d'intervention. Celles-ci ont pour fonction soit: (a) de développer un nouveau comportement, (b) d'augmenter la fréquence d'apparition d'un comportement, (c) de diminuer la fréquence d'apparition d'un comportement et (d) de généraliser et maintenir un comportement. Elles sont ici définies et illustrées à l'aide d'exemples concrets.
Développer et initier un nouveau comportement
L'apparition d'un nouveau comportement ne s'effectue pas de façon fortuite chez les enfants autistiques. L'environnement doit être agencé de façon à permettre l'apprentissage de comportements appropriés (Labbé et Marchand, 1987). Lovaas (1980) utilise plusieurs méthodes de modification de comportement dont: L'indication, l'incitation, l'estompage, le façonnement, etc.
- L'indication
L'objectif est de bien indiquer à l'enfant ce qu'on attend de lui dans une communication claire et précise.
- L'incitation
L'incitation est un stimulus discriminatoire additionnel présenté à l'enfant pour qu'il exécute le comportement prédéterminé (Labbé et Marchand, 1987). Il y a trois types d'incitation: (a) l'incitation verbale par un mot ou une consigne donné à l'enfant, (b) l'incitation gestuelle par une action motrice donnée en indice visuel et (c) l'incitation physique par un contact physique visant à conduire l'enfant à accomplir les mouvements du comportement à acquérir (Forget, 1992; Labbé et Marchand, 1987).
- L'estompage
L'estompage est le retrait graduel des incitations. L'objectif de la procédure d'estompage est de retirer graduellement l'ensemble des incitation de façon à ce que le comportement désiré apparaisse sans aide (Labbé et Marchand, 1987).
- Le façonnement
Le façonnement consiste à renforcer successivement et graduellement dans le répertoire d'un individu les comportements présents qui ressemblent de plus en plus comportement-cible désiré (Malcuit et Pomerleau, 1977). Par exemple, l'intervenant voulant enseigner à l'enfant le mot maman renforcera les vocalisation 'mm', 'maa', 'mam', 'mamam', 'maman'.
- La procédure en chaîne
Une chaîne de comportements désigne une habileté ou un comportement complexe de deux ou plusieurs réactions spécifiques se présentant dans un ordre fixe et où l'émission de chaque comportement dépend de l'émission de la réaction précédente (Forget, 1992). Il y a deux types de chaîne: La chaîne progressive et la chaîne régressive.
La chaîne progressive: C'est une procédure où on enseigne à l'enfant les premières réponses au début de l'intervention et les dernières réponses à la fin de l'intervention. Par exemple, si on enseigne à l'enfant les étapes à effectuer pour aller seul aux toilettes, on lui apprendra en premier lieu à baisser son pantalon, puis sa culotte. On lui apprendra à s'asseoire et à demeurer assis. Puis on lui apprendra à relever sa culotte et son pantalon.
La chaîne régressive: C'est une procédure où il est enseigné à l'enfant la dernière réponse d'une chaîne de comportements au tout début de l'intervention. Généralement, pour se brosser les dents, on prend la brosse, on la mouille, on met la pâte à dentifrice et on exécute des mouvements sur les dents afin de les brosser. Lors d'une chaîne régressive, on apprend à l'enfant à faire des mouvements sur les dents avec l'aide de la brosse. Une fois acquis, on lui apprend à mettre du dentifrice sur la brosse, etc., jusqu'à ce qu'il puisse faire seul la chaîne de comportements sans aide.
Augmentation de la fréquence d'un comportement
Afin d'augmenter la fréquence d'un comportement, Lovaas (1980) utilise le renforcement. Le renforcement est une procédure qui consiste à augmenter la probabilité qu'un comportement soit répété (Malcuit, Granger et Larocque, 1968). Lovaas (1980) utilise deux type de renforcements: Les renforcements positifs et les renforcements négatifs.
- Les renforcements positifs
Cette procédure consiste à faire suivre l'apparition d'une réponse désirée en distribuant un agent renforçant. Cet agent renforçant entraîne une augmentation de la probabilité d'apparition de cette réponse (Magerotte, 1984).
Il y a quatre types de renforcements positifs: (a) les renforçateurs primaires destinés à être consommés tels que la nourriture, les boissons, les bonbons, (b) les renforçateurs sociaux tels que les sourires, les caresses, les baisers, (c) les activités intéressantes, qui sont les activités que l'enfant préfère, telles que jouer avec un bout de papier, faire tourner une toupie, (d) les renforçateurs intermédiaires tels que les jetons, les bons points ou l'argent qui permettent par la suite d'être échangés par ce que l'enfant désire (Magerotte, 1984).
Au début du traitement, Lovaas (1980) suggère que les récompenses accordées à l'enfant soient concrètes. Généralement, elles sont reliées à la nourriture tels que des bonbons et souvent accompagnées d'approbations sociales telles que des baisers ou des bravos. Suivant la progression du développement de l'enfant, les renforcements deviennent de plus en plus subtils. Des renforcements tels qu'un clin d'oeil ou un sourire peuvent s'appliquer (Lovaas, 1980).
- Les renforcements négatifs
Le comportement est renforcé par l'interruption de quelque chose de négatif (Lovaas, 1980). Par exemple, raccourcir la durée de la séance.
Les limites du programme
Les principales critiques portent sur les mesures utilisées pour évaluer l'efficacité du traitement, sur la validité du diagnostic des sujets du groupe expérimental et sur l'assignation des sujets non aléatoire entre les groupes (Schopler, Short & Mesibov, 1989 ; Mesibov
, 1993 ; Mundy, 1993).
Schopler et Mesibov (1989) critiquent la méthodologie de l'étude de Lovaas (1987). Tout d'abord, l'utilisation du placement scolaire et du QI comme mesures des progrès après le traitement. Le classement scolaire est une mesure qui peut être facilement influencée par la pression des parents et des professionnels qui prônent l'intégration scolaire. De plus, ils notent que l'augmentation du QI après le traitement pourrait résulter de l'apprentissage de la collaboration et de l'obéissance plutôt que de révéler un réel développement intellectuel. Lovaas, Smith et McEachin (1989) répliquent que cette hypothèse est peu plausible puisque les procédures d'évaluation suivies sont celles reconnues (Freeman, 1976) pour assurer la validité d'une évaluation d'une personne autiste.
Ensuite, Schopler et al. (1989) indiquent que les enfants du groupe expérimental font partis de la population autiste ayant un QI plus élevé, ce qui favoriserait leur pronostic. Lovaas et al. (1989) répliquent que les mesures pré-expérimentales sont presque identiques chez les trois groupes. Ainsi, il est impossible que les résultats soient dus à une caractéristique favorisant le groupe expérimental.
Finalement, Schopler et al. (1987) prétendent que les familles des groupes contrôles ne sont pas comparables à celles du groupe expérimental puisque selon l'article de Lovaas (1978), il est possible de supposer que les parents vivant des problèmes personnels sont exclus du groupe expérimental puisqu'ils ne peuvent s'impliquer activement dans le traitement. Lovaas et al. (1989) affirment qu'une seule variable a permis d'assigner les sujets à l'un des groupes: La disponibilité du personnel étudiant avant le traitement. Dans de telles familles, les intervenants assument davantage d'heures de traitement avec l'enfant afin de leur alléger la tâche. De plus, aucun enfant ne change de groupe après l'assignation.
Ces critiques se maintiennent pour l'étude rapportée par McEachin et al. (1993) sur le suivi à long-terme des sujets de l'étude de 1987. Mesibov (1993) et Mundy (1993) rapportent que les mesures utilisées sont trop globales pour permettre de conclure que les sujets maintiennent leurs gains. Selon eux, il est impossible de se baser sur les données présentées par McEachin et al. (1993) pour conclure que le fonctionnement d'un groupe de sujets est devenu normal et se situe dans la moyenne. Ces auteurs discutent qu'il est possible que les sujets présentent encore des symptômes autistiques qui peuvent être difficilement décelables au moyen de mesures globales.
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SCHOPLER E, SHORT A & MESIBOV G-B, 'Relation of behavioral treatment to 'normal functionning': Comment on Lovaas', Journal of Consulting and Clinical Psychology, 1989, 57, p.162-164
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