LES STADES EVOLUTIFS DU DESSIN DE L'ENFANT

L'évolution du dessin étant parallèle à l'évolution psychomotrice et en relation étroite avec le développement global de l'enfant, on va aborder l'évolution progressive du dessin de l'enfant en adoptant une démarche progressive et évolutive. La plupart des études réalisées font référence à des stades prenant en compte l'âge de l'enfant, le niveau, la qualité, les caractéristiques de ses productions. Jacqueline Royer évalue à deux ans d'écart pour la moyenne. Il y a souvent des différences entre les dessins des garçons et ceux des filles.

Première Période

L'apparition des premiers tracés, les gribouillis, varie entre 9-10 mois et 2 ans suivant les circonstances, les conditions de vie dans lesquelles vit l'enfant. Ils apparaissent avec l'apprentissage de la marche et du sens de l'équilibre, ils sont avant tout moteur. Ce qui captive l'enfant est l'activité elle-même et non le résultat. Souvent, l'enfant a découvert de façon fortuite qu'il peut laisser une trace par l'intermédiaire de ses doigts, puis il va apprendre le maniement du crayon et la permanence du tracé va l'insister à observer l'effet du geste sur la forme. L'entourage va réagir devant ces traces ce qui va donner à cette activité une dimension relationnelle. Il va dépasser le caractère fortuit de l'apparition du tracé, il va découvrir que son gribouillage peut représenter quelque chose pour lui et pour les autres.

Marthe Bernson : Du gribouillis au dessin
Henri Wallon : De l'acte à la pensée
Liliane Lurçat (élève de Wallon) a étudié le tracé de ses propres enfants.

Ces auteurs qualifient ce premier stade, le gribouillis, de stade végétatif-moteur pour Bernson, de stade préliminaire du gribouillage moteur pour Royer. Progressivement, le gribouillage de l'enfant va devenir fantaisie du moment, selon ses besoins, un bateau, un chat, une maison. L'émergence du représentatif sera confirmée par le discours de l'enfant. L'aspect représentatif va apparaître à la période des 2-3 ans.

La période des 2-3 ans

Vers 2-3 ans, à côté du pouvoir des mots, l'enfant découvre le pouvoir de l'image et sa capacité à s'initier par le dessin. Conscient d'un savoir-faire, l'enfant va s'exercer à produire davantage et mieux. Il va multiplier les effets, il va expérimenter. On va voir apparaître des formes circulaires fermées qui sont le signe d'un bon contrôle perceptivo-moteur. On a souvent des formes rondes avec des formes incluses, adaptées et variables.
Certains éléments du thème pourront être séparés, par exemple, la fenêtre à l'extérieur de la maison. Il peut avoir aussi versatilité du thème. L'enfant veut représenter quelque chose même s'il y a encore peu d'analogie entre son dessin et l'objet qu'il nomme. On dit qu'à cet âge l'acte graphique devient intentionnel et représentatif. A la fin de ce stade va apparaître un dessin reconnaissable qui est souvent la première représentation humaine, le bonhomme têtard. A la même période, on va avoir des maisons à forme arrondie. On considère que c'est à ce stade que le dessin joue son rôle de signifiant différencié représentant l'objet permanent intériorisé de la fin du stade de l'intelligence sensori-motrice. Pour cette période des 2-3 ans, Luquet parle du stade du réalisme fortuit, pour lui, le dessin de l'enfant est réaliste, c'est-à-dire, orienté vers les choses. Contenu de ses moyens, l'enfant va chercher à reproduire le réel. Il dit que l'enfant est jeune, il attribut un manque d'attention d'apparente confusion du dessin de l'enfant. Pour Luquet, l'enfant dessine comme cela parce que c'est un adulte miniature. Il voit dans l'enfant une série d'étapes pour arriver à l'adulte. Le réalisme fortuit est l'enfant qui trace des signes sans intention de réalisation et découvre par hasard une analogie de forme entre un objet et son tracé initialement non significatif.

Les 3-5 ans

Période où l'enfant va à l'école maternelle. Il va faire des progrès considérables en dessin. Ses capacités perceptivo-motrices vont s'accroître, il va être capable de faire des croix, des carrés, quand il va faire une maison on va voir que la verticalité est acquise. On va avoir l'anthropomorphisme, c'est-à-dire que la maison va représenter un visage. On va avoir l'apparition de la transparence et du rabattement. La transparence est, par exemple, un enfant qui va faire une maison avec ce qui se passe à l'intérieur. Le rabattement est que l'enfant n'a pas acquis la perspective, par exemple, sur une route les arbres vont apparaître vue d'avion. A cet âge là, il y a également la disproportion des éléments, c'est-à-dire que l'enfant va faire des personnes aussi grandes que les maisons. Il va faire de façon volumineuse ce qui est important pour lui. Souvent, l'enfant rempli de gribouillis entre les dessins. Vers 4-5 ans, il va utiliser les crayons de couleur plutôt que les crayons papiers (couleurs irréalistes). Les bonhommes vont devenir de plus en plus identifiables. Pour J. Royer, à cet âge là, ils ont encore une forme de pantin, de bonhommes schématiques, les manifestations de vêtements vont apparaître mais très peu. Les formes vont petit à petit s'individualiser et chaque enfant aura sa manière à lui de dessiner. A la fin de cette période, on va voir apparaître la différence entre les filles et les garçons. Pour cette période des 3-5 ans, J. Royer parle du stade des dessins éparpillés. Luquet parle du réalisme manqué et du réalisme intellectuel.
Par le phénomène de transparence, l'enfant cherche à rendre l'objet reconnaissable, c'est pour cela qu'il donne tous les éléments constitutifs de l'objet. On distingue deux types de rabattements, le rabattement axial et le rabattement rayonnant. On a une multiplicité des points de vues. Il va montrer, par exemple, qu'il y a un côté à la maison vue de face en faisant apparaître le côté. On voit la superposition des plans, il va dessiner en bande, il ne va pas être capable de représenter la perspective ou les plans. Ils vont juxtaposer des scènes dans un même espace graphique.

Les 6-8 ans

6 ans: Entrée au CP, puis CE1, CE2. Il va avoir l'influence de la scolarité. On peut dire qu'il y a décentration et versatilité obligatoire. L'unité du sujet va apparaître. Les enfants vont être capables de dessiner un seul thème, l'évolution anthropomorphique disparaît. Quand l'enfant fait un dessin, il précise le lieu, on va avoir beaucoup de soleils dans un dessin (soleil représentatif du père). Les éléments s'associent dans des ensembles ayant des significations sociales et des relations définies dans le temps et l'espace. Le temps est celui de la nuit, du jour, qu'il fait mais pas qui s'écoule, représentation des saisons. Les détails sont nombreux avec des proportions assez bien respectées. Le choix des couleurs est réaliste, la représentation du bonhomme va s'améliorer, les jambes seront à peu près correctes, différenciation des sexes nettement indiquée, le corps sera différencié du vêtement. La forme carrée ou rectangulaire de la maison apparaît avec le toit rectangulaire. J. Royer parle du stade du dessin localisé et Luquet du stade du réalisme intellectuel et la fin du dessin enfantin. A partir de 8 ans, on peut voir ceux qui vont progresser en dessin ou pas.

Les 9-11 ans

CM1-CM2. En général, l'âge de 9 ans marque un tournant, on a les premiers essais de représentation de la perspective de la maison, on a des thèmes composites originaux (éléments en interaction, personnages personnalisés, dialogues, légendes explicatives). L'enfant met des détails qui permettent d'identifier les personnages, les maisons, la proportion des éléments est mieux respectée, la dimension des objets varie en fonction de leur environnement, le sol est indiqué (route, ligne d'horizon). La représentation du soleil est moins fréquente, celle des personnages se perfectionne (début de profil, ils ont un visage plus évolué, personnages qui sourient, noeuds dans les cheveux...). On pourra voir apparaître la notion de perspective avec des détails (volets aux fenêtres, barrières). A cet âge là, le dessin rend compte de l'objet en son absence, le dessin est une construction représentative. J. Royer parle du dessin temporalisé, Luquet du réalisme visuel, fin du dessin enfantin. On peut dire que l'enfant dessine ce qu'il voit, ce qu'il peut voir sous un angle donné, il va essayer de se conformer à l'apparence des objets.


Les 12-13 ans

Stade de la pré-adolescence. A cet âge les enfants qui manquent de technique se désintéressent du dessin. Les transformations qui apparaissent dans le graphisme de l'enfant au cours de la croissance portent globalement sur le perfectionnement de l'habilité graphique, une meilleure intégration de la partie sur le tout, sur le respect des proportions, sur le réalisme des couleurs, sur l'accession à la perspective, sur la personnalisation du thème.

Les différents stades dans l'évolution des dessins (dits 'libres') des enfants selon G-H Luquet (1927)

G-H Luquet a caractérisé ces stades en s'interessant aux figures tracées, à leurs signes et à leurs structures :

- le gribouillages jusqu'à 2 ans : correspond à une activité motrice, impulsive, dont le caractère ludique conduit progressivement à une certaines maîtrise gestuelle ;

- le réalisme fortuit de 2 à 3 ans : l'enfant découvre de manière fortuite un sens à ses tracés qu'il a exécutés initialement sans désir de signification. La transmission du dessin s'accompagne de commentaires verbaux, le geste devient contrôlé ;

- le réalisme manqué de 3 à 4 ans : l'enfant réalise des tracés à visée signifiante mais ses expériences souvent tâtonnantes ne sont pas assurées systématiquement de succès ;

- le réalisme intellectuel à partir de 4 ans : souvent figuratif. Les relations entre les objets du dessin deviennent à leur tour significatives.

- le réalisme visuel à partir de 8 ans : l'enfant représente les objets en essayant de se conformer aux critères de l'adulte. Il y a alors respect des proportions, un certain souci du détail et apparitioin de perspectives vraies.

Bibliographie

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BALDY R, Dessine moi un bonhomme : Dessin d'enfant et développement cognitif, In Press, 2002

BAQUE S, Dessins et destins d'enfants, Hommes et Perspectives, 2000

BLANC N, Le concept de représentation en psychologie, In Press, 2006

CADY S, ROSEAU C, Les métamorphoses du corps : dessins d'enfants et d'oeuvres d'art, une approche psychosomatique de l'espace de la représentation, L'Harmattan, 2000

GREIG P, L'enfant et son dessin, Erès, 2000

LEFEBURE F, Le dessin de l'enfant : le langage sans parole, Masson, 1997

MEREDIEU (de) F, ROHMER E, Le dessin d'enfant, Blusson,

PERNOUD E, L'invention du dessin d'enfant, Hazan, 2003

WALLON P, Le dessin d'enfant, PUF, Que sais-je ?, 2003

WALLON P, Le dessin de l'enfant, PUF,

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Dernière mise à jour de cette page le 19/10/2006

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