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L'agressivité est la manifestation de la tendance à nuire à autrui, que ce soit de façon réelle, imaginaire ou symbolique.
Il faut distinguer les deux aspects que sont l'expression pulsionnelle et la mobilisation en vue d'une intention.
- Notion biologique : pour les biologistes, et principalement Lorenz, l'agressivité est un instinct naturel lié à tous les autres besoins vitaux, que ce soit pour la prise de nourriture, la fuite devant un danger ou le comportement sexuel. Mais il n'y a pas de véritable agressivité entre des individus d'espèces différentes (le lion n'est pas agressif envers la gazelle). L'agressivité existe par contre entre les individus d'une même espèce, sous forme de comportements de menace, de soumission, de compétition, d'agression... C'est un facteur biologique inné. Ainsi, les animaux sont-ils plus agressifs intra-espèce qu'extra-espèce (par exemple le vautour tue sa proie sans agressivité, mais les combats de mâles de même espèce sont agressifs). Cela est vrai pour l'homme. L'agressivité est un mode de survie pour établir ou créer, par la relation vainqueur/vaincu, une différence entre les antagonistes, ce qui permet de palier à la confusion.
Henri Laborit a étudié les rapports entre l'homme et le milieu. Pour lui, l'agressivité est due à ce milieu. Il s'est spécialement intéressé aux inhibitions du comportement agressif, dont les manifestations peuvent être les coliques néphrétiques ou les ulcères par exemple.
- Notion psychologique : la psychologie et la psychanalyse confirme l'origine biologique de l'agressivité. Le désaccord réside dans le sens donné au mot qui sera réservé soit à tout acte de caractère hostile, destructeur, soit à toute tendance active tournée vers l'extérieur, comme l'affirmation de soi, la possession, ou toute utilisation pour satisfaire ses besoins vitaux. Le deuxième sens, psychologique, est donc plus général.
Psychogenèse de l'agressivité
Au cours de son développement, l'enfant passe habituellement par différents moments d'angoisse qu'il doit surmonter. Ainsi, rencontrera t-il le traumatisme de la naissance ; au stade oral, l'angoisse de dévoration, puis l'angoisse du huitième mois ; au stade du miroir l'angoisse de morcellement ; au stade anal, l'angoisse de destruction ; à l'oedipe, l'angoisse de castration ; à l'adolescence, l'angoisse existentielle ; et à l'âge adulte, l'angoisse de la mort.
L'origine de l'agressivité est pulsionnelle. Elle est la résultante de la projection de la pulsion de mort sur le mauvais objet. Elle est liée par la libido pour la préservation du Moi (sexualité, reproduction, défense du territoire, emprise sur le monde, affirmation de soi). Elle est sublimée, déplacée. Elle contribue, au sortir de l'oedipe, à la formation du Surmoi.
Alors qu'avant l'oedipe, l'agressivité s'exprimait à travers la projection, le clivage... après l'oedipe, elle sera sublimée et s'exprimera en partie sous le contrôle du Surmoi. C'est une opération du Moi qui a transformé l'agressivité du Ca en Surmoi (l'instance première est le Ca. En sont issus dans un premier temps le Moi, formé grâce au contact avec la réalité extérieure, puis le Surmoi introjecté par le Moi qui fait se retourner l'énergie pulsionnelle contre lui-même).
Le conscient accède à l'inconscient comme les organes des sens accèdent à la réalité extérieure. Il y a eu constitution d'un 'grenier' où sont engrangées toutes les informations vécues. L'individu peut faire appel à un moment précis à ces vécus. Ces faits sont dits 'refoulés'. Tout ce qui est refoulé devient inconscient mais l'inconscient n'est pas constitué que de cela. Il y a aussi des contenus innés qui ne sont jamais passés par la conscience. L'inconscient obéit aux processus primaires que sont le déplacement (changement d'objet) et la condensation (plusieurs objets en un). Ces deux processus primaires obéissent au principe de plaisir. Les désirs sont mobiles et essaient de s'extérioriser, provocant le refoulement.
Le refoulement est un filtre incité par le Surmoi et opéré par le Moi. Le symptôme est le produit du refoulement qui consiste en un retour du refoulé sur le plan somatique. Il sert à échapper à l'angoisse. Il est le substitut d'une satisfaction pulsionnelle qui n'a pas eu lieu. Ce qui aurait dû être plaisir devient déplaisir.
Conduites de fuite : fuir, c'est se soustraire, éviter une situation repérée comme dangereuse. Il y a deux sortes de danger, un danger externe et un danger interne. Le danger interne vient de nos propres pulsions agressives et sexuelles. La solution de fuite est trouvée par le Moi qui utilisera, parmi toutes les techniques dont il dispose, celle ou celles qu'il aura plus particulièrement adoptée au cours de son développement. Ainsi, aura-t-il le choix d'utiliser la sublimation, le déplacement, le refoulement, le clivage, la régression, le suicide, l'hyperactivité, le sommeil, le rêve, les rituels, l'instabilité, l'évanouissement, la surdité et la cécité psychique, le délire, l'ironie, la fugue, etc. La pathologie n'est pas dans l'utilisation des conduites de fuite mais dans la répétition exclusive d'une conduite particulière en réponse à tout danger.
Une conduite de fuite est toujours face à l'angoisse :
- l'agressivité a une source (somatique), un but (éliminer la tension) et un objet (quelconque). L'agressivité est la manifestation de la tendance à l'agression, à nuire à...
- l'angoisse n'a pas d'objet
- la formation de symptômes est une réponse moins extériorisée pour échapper à l'angoisse.
Violence et agressivité
A la rencontre du Ca et du Surmoi (ainsi que son pendant plus élaboré, l'Idéal du Moi) se trouve le Moi.
Confronté à une situation, l'individu a 3 possibilités de comportement : la fuite, la lutte ou l'inhibition de l'action.
L'agressivité est alors une agression de compétition avec défense du territoire. On y retrouve un dominé (inhibition de l'action, punition ou échec face à la lutte), et un dominant (succès du comportement d'agressivité par la lutte ou la fuite).
On distingue :
- l'agressivité hostile qui blesse volontairement l'autre
- l'agressivité instrumentale qui vise à se procurer des satisfactions individuelles, sans désir de nuire à autrui.
Théories de l'agressivité
Freud commence à en parler dans le phénomène de la colère et rattache cela aux représentations obsédantes de la névrose obsessionnelle. Puis, dans un deuxième temps, il évoque l'agressivité à propos de la structure oedipienne. En fait, Freud a beaucoup hésité à propos de l'agressivité et en a fait deux théories. En règle générale, l'agressivité est liée à la pulsion.
Il convient de distinguer l'instinct de la pulsion :
- l'instinct est un comportement fixé, préformé, et spécifique à une espèce
- la pulsion a un aspect biologique et un aspect mental C'est une force qui vient de l'organisme et qui provoque certains comportements. La pulsion a une source (somatique, correspondant à une excitation de la zone érogène), un but (éliminer la tension en trouvant les modes de satisfaction) et un objet (quelconque, interchangeable, qui n'a d'intérêt que par la satisfaction qu'il procure. Alors que dans l'instinct, l'objet est fixe). De la poussée somatique qu'elle est à son début, la pulsion subit une élaboration mentale grâce à des souvenirs, des perceptions, des traces qui vont fournir des représentations de satisfactions et des représentations d'objets. La pulsion s'appuie sur un besoin vital dans un premier temps (oral, anal, chaleur, faim...) pour s'en détacher par la suite. Seul ne reste alors que le mode de satisfaction (par oralité, par analité...). L'individu ne recherchera plus alors le besoin vital (par exemple 'manger') mais sa satisfaction (le plaisir de manger).
Pour Freud, il y avait au début les pulsions du Moi (auto conservation et agressivité) et les pulsions sexuelles. Puis, ensuite, il élabora le deuxième édifice pulsionnel : libido et pulsion de mort. Il y a ainsi une catégorie de pulsions qui unit les différentes tendances (libido) et une catégorie de pulsions qui désunit, qui fragmente (pulsion de mort). Ces deux pulsions se combinent et forment les phénomènes de vie. La tendance liante de la libido est de faire que l'énergie agressive soit utilisée à d'autres fins, par sublimation vers l'art, dans la compétition, les études, ou encore vers le corps (somatisation, symptômes). Quand la libido n'y parvient pas, c'est le retour sur soi de l'agressivité (auto mutilation, masochisme).
La pulsion de mort se manifeste dans trois grands registres :
- agressivité (tendance active)
- répétition (nier la progression)
- régression (retour aux expériences antérieures, traumatiques ou satisfaisantes)
Pour Winnicott, l'agressivité se développe avec le Moi. Il divise l'accession à l'agressivité en deux stades :
- Stade de non-inquiétude (ou de cruauté originaire) : l'enfant fait des actes mais ne se soucie pas de ce que cela entraîne, ne fait pas attention au résultat. Dans ces moments là, agressivité et amour sont mêlés. Si l'agressivité est empêchée à ce stade de l'enfance, il s'ensuit une absence de la capacité d'aimer.
- Stade du soucis : le Moi de l'enfant est alors suffisamment formé pour lui permettre de se rendre compte de la personnalité de l'autre et du résultat de ses actes sur l'autre. Il est dorénavant capable de se sentir coupable. Un enfant en bonne santé doit être capable de supporter cette culpabilité et cela l'amène à construire, à réparer. C'est la première fonction sociale. Si personne ne reconnaît ses efforts de réparation, il se sent abandonné et l'agressivité réapparaît. A l'adolescence, ce mécanisme est réactualisé de manière beaucoup plus flagrante où des efforts de réparation non reconnus deviennent agressifs.
L'agressivité aux différents stades
Stade oral
Les premiers modèles de l'agressivité concernent le 'mauvais objet'. 'Bon' et 'mauvais objet' sont des termes introduits par Melanie Klein pour désigner les premiers objets pulsionnels partiels ou totaux, tels qu'ils apparaissent dans la vie fantasmatique de l'enfant de la première année. Cette qualité de bon ou mauvais est attribuée à l'objet de façon imaginaire ou fantasmatique, mais néanmoins réelle pour l'enfant, en fonction de son caractère frustrant ou gratifiant, et en fonction de la projection sur ces objets des pulsions libidinales ou agressives de l'enfant. 'L'objet naît dans la haine' nous dit Freud. On ne reconnaît l'autre que dans la différence. L'enfant ne se différencie de la mère que par les expériences de frustration. Il attend et se rend compte que la gratification vient d'un autre que lui.
Stade anal
L'agressivité s'exprimera dans le comportement d'expulsion et de rétention. L'expulsion est l'équivalent de la projection agressive. La rétention est un refus. L'opposition s'exprimera par le 'non', parole et gestes associés. C'est un stade où l'agressivité est plus marquée, car agit.
Stade urétral (entre anal et phallique)
Ce sont les premières manifestations du stade phallique. La miction revêt un aspect phallique, sadique et agressif (origine de l'énurésie). Durant l'oedipe, la rivalité s'oriente vers le parent de même sexe. Dans la forme inversée, l'hostilité s'oriente vers le parent de sexe opposé. Il y a une peur de l'agression de l'autre, vécue comme une castration.
Période de latence
L'agressivité est déviée sur la compétition scolaire, sportive. Période d'obéissance et de désobéissance.
L'adolescence
Réactivation massive des pulsions, dont l'agressivité, vis-à-vis de tout représentant d'autorité. La pulsion agressive se tourne dans l'originalité, la provocation, la grossièreté, mais aussi vers l'individu (suicide). Cette agressivité est transitoire et fonctionnelle, servant à la maturation. Ses fonctions sont :
- la sauvegarde du Moi
- la maîtrise de l'autre
- l'affirmation de Soi
L'agressivité sert aussi la sexualité, en privilégiant le couple. La solution la plus économique et maturante est la mentalisation. Par la mentalisation, le Moi élabore des solutions acceptables pour satisfaire à la fois la pulsion et les exigences du Surmoi. A contrario, quand il y a 'agir', il y a eu débordement du Moi. Le passage à l'acte a rompu la mentalisation (comportement du psychopathe).
Etant liée à une pulsion, l'agressivité aura une source, un but et un objet. Sa source pourra être la peur (frustration, échec, danger, dépendance...), ou le plaisir (sexualité comme dans le sadisme, sublimée dans une réussite...). Se crée alors une relation oedipienne car la lutte a un caractère oedipien triangulaire (dans le cas du bouc émissaire, il y a déplacement de l'agressivité vis-à-vis d'un objet imaginaire, souvent nous-même, sur un objet réel, en l'occurrence l'autre). Le but sera d'éliminer la tension (passage à l'acte, mentalisation, sublimation, symptomatisation...).
Cas de l'agressivité en groupe : tout autre groupe menace l'identité d'un groupe donné. Il faut voir le groupe comme le support de nos projections.
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Films
RESNAIS A, Mon oncle d'Amérique,
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1. Moustapha BA Le 14/06/2009 à 19:51
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