LA SCHIZOPHRENIE

 

Historique - Définition

Jusqu'en 1970, malade présentant une dissociation mentale, un délire et une évolution chronique des troubles. Elle appartient aux psychoses. La plupart des cliniciens s'entendent sur la psychose schizophrénique.
Ensemble de troubles où domine discordance, incohérence idéo-verbale, ambivalence, autisme, idées délirantes, hallucinations mal systématisées, profondes perturbations affectives (Henri Ey).

Les fondements psychanalytiques de la notion des schizophrénies.

En 1906, publié pour la première fois par Jung. Il a essayé de traiter cette démence par la psychanalyse (psychologie des profondeurs). Bleuler, Jung, ont donc utilisé des travaux psychanalytiques de Freud, premiers échanges entre tous les psychiatres de l'époque.
Freud parlait de paraphrénie. Dans ses premiers travaux, il rassemble la schizophrénie et la paranoïa -> Les névroses narcissiques. A partir de 1924, il sépare la mélancolie des psychoses.
Freud a fait du détachement de la libido de l'objet le mécanisme initial de la psychose. Il y a, dans la schizophrénie, une régression du narcissisme à l'autoérotisme. Dans la schizophrénie, il y a un détachement libidinal total. Le sens du travail délirant est conçu comme un processus de guérison. Le délire est une tentative de reconstruction d'un monde extérieur qui disparaît.

Après 1920, Freud intègre les psychoses dans une perspective plus globale des pathologies graves.

Clinique

Syndrome de dissociation ('Spaltung') -> Bleuler. Incohérence de la pensée, de l'action et de l'affectivité. Au niveau de la pensée, ils sont souvent intelligents mais ils utilisent mal leur potentiel. Par exemple, trouble des associations (ils vont raconter des choses qui n'ont rien à voir avec la situation), trouble du cours de leur pensée (ils vont répéter plusieurs fois les choses). Détachement de la réalité avec un repli sur soi, dans le domaine affectif. Prédominance d'une vie intérieure livrée à des événements fantasmatiques. On va assister à des paratymies (éclatement de rire sans raison), régressions instinctivo-affectives (accès de colère, ou à l'inverse, trop retenu). Dans le comportement et l'action, conduites contradictoires, ambivalences, bizarreries. Sorte d'impénétrabilité.
La schizophrénie est un mode d'existence délirante et un mode d'élaboration autistique secondaire du délire dans la construction d'un univers subjectif et purement détaché de la réalité.
Vécu délirant, étranger, avec des expériences de dépersonnalisation. Expériences d'influences, le sujet se sent sous l'influence de délires qui le contraignent à des actes (voix, appareils électriques...). Délire autistique, il se repli sur soi, il va organiser un univers purement subjectif.
Le caractère chronique, évolution lente mais inexplorable. Détérioration toujours plus grande jusqu'à être démentiel.

Métapsychologie

Le Moi psychotique

- Il faut insister sur la valeur narcissique des identifications.
- On peut insister sur la non fonctionnalité du Surmoi, il n'assure pas son rôle de médiateur entre le monde extérieur et le ça.
- Echec de l'organisation oedipienne, avec la régression aux objets incestueux ou deuil impossible des objets primaires. C'est la menace de perte des objets primaires avec lequel le Moi psychotique se confond narcissiquement. Fantasme de la mère phallique qui est prépondérant. Défaut des signaux d'angoisse et d'inhibition, c'est-à-dire qu'il y a une faiblesse originelle du Moi, espèce d'impossibilité du stress.

Le Moi psychotique et la réalité

- La psychose résulte du conflit entre le Moi et la réalité (ce qui est différent des névroses, conflit entre le Moi et le ça). Désinvestissement du réel.
- Perte de la réalité et déni. Le psychotique va dénier une réalité du monde extérieur qu'il ne peut supporter, car il se défend contre un affect intolérable. Le déni est une défense psychotique contre l'affect de douleur qui cherche à éviter la répétition des blessures narcissiques des traumatismes précoces. Il va avoir altération de la réalité, déni psychotique de la réalité qui est une défense. A ce déni s'associe un clivage. Au sein du Moi il y a deux aptitudes psychiques à l'endroit du monde extérieur. L'un tient compte de la réalité, l'autre la déni et met à sa place une production de plaisir (son délire). Il va construire une néoréalité.

La pensée du psychotique fonctionne mal car c'est la capacité qu'a le Moi de maîtriser les forces pulsionnelles, de prendre conscience de la réalité interne et externe, et de trouver les voies de décharge et d'action.

Les théories du fonctionnement psychotique actuelles et l'apport des psychanalystes français

- La psychose est la maladie du sujet et de la subjectivation. La psychose affecte les assises de l'identité.
- Les catastrophes psychotiques : Entre angoisse et douleur.
- La régression du Moi : Une catastrophe aménagée. La psychose ramène le sujet contre le fantasme archaïque (menace d'abandon).
- La forclusion.
- Désintrication pulsionnelle et violence psychotique. Le psychotique a un Moi poreux.
- Désorganisation de la structure du Moi.

La psychose

L'apparition d'une psychose est une rupture qui affecte les assises même de l'identité : Sentiment d'exister, de se représenter soi-même. L'identité s'enracine dans les traces des premiers vécus avec la mère et ceci sans confusion, le monde du sujet psychotique semble s'édifier autour d'un conflit entre un soi et un objet. Objet qui est dramatiquement insuffisant, rejetant, ou trop absorbant et pour préserver son identité, le sujet devra lutter pour s'en différencier ou s'y accrocher.

Les catastrophes psychotiques : Entre angoisse et douleur

Quelque chose de terrible, grave.

 

  • Angoisse et douleur psychique extrêmement grande. Ce sont les dimensions essentielles de cette catastrophe psychotique. La douleur est souvent masquée par les défenses. Angoisse du désinvestissement => Le sujet n'est plus capable d'investir un objet extérieur. Angoisse tellement forte quelle est projetée vers l'extérieur, il va vivre le monde comme une fin du monde. Et par un délire, il tentera de réparer cette fin du monde => C'est une tentative d'explication de ce Chaos.
  •  

  • C'est la confusion du schizophrène : Triade paranoïde (Racamier). Elément composé par 3 choses :
  • -> L'influence qui désigne ce qui vient du dehors, pénètre et agit en force à l'intérieur.
    -> Effluence, ce qui vient du dehors pénètre et agit en force à l'extérieur.
    -> Diffluence, c'est ce qui se diffuse et interpénètre (dedans, dehors, dedans, dehors...).

    Le Moi 'poreux' = Plus d'identité.

    Entre angoisse et douleur, le schizophrène va choisir la douleur pour rester en vie, donc il va sacrifier son Moi. Dans ce sacrifice, il va se sentir encore un peu exister.

    La régression du Moi : Une catastrophe aménagée

    Repli sur des stades antérieurs. Glissade jusqu'aux stades les plus archaïques, il redeviendrait nourrisson ou état foetal. La menace la plus importante est la menace d'abandon.

    Des sujets qui sont dépersonnalisés. La catastrophe psychotique file sans limites, il faut intervenir rapidement, elle est durable. Ce n'est même plus une régression mais une dégression.

    La forclusion

    Concept de Lacan. Elle serait à l'origine du psychotique car c'est le rejet d'un signifiant fondamental (rôle du père). Retenir le dénie.

    Désintrication pulsionnelle et violence psychotique

    Ambivalence (amour toujours avant haine), effets destructeurs.

    Désorganisation de la structure du Moi

    Le Moi 'poreux' : qui laisse tout passer, altération des identifications.

    Faible différence sujet / objet : sensation de morcellement, dissociation, confusion au niveau de l'interne et de l'externe. Dissociation au niveau de la pensée = pensée blanche (trous dans la pensée comblés par des hallucinations). La pensée est paradoxale (quelque chose et son contraire).

    Bibliographie

    BLEULER E, Demences precoces ou groupe des schizophrenies, 1911

    BOISSAYE X, L'autre face du miroir, Seuil, 2000

    BOURGEOIS M-L, Les schizophrenies, Que sais-je ?, 2003

    FRITH C-D, Neuropsychologie cognitive de la schizophrenie, PUF, 1996

    MARTIN P, AZORIN J-M, Qualite de vie et schizophrenie, 2005

    MINKOWSKI E, La schizophrenie, 1927

    RACAMIER P-C, Les schizophrenies, Payot, 2001

    SAOUD M, D'AMATO T, La schizophrénie de l'adulte, Masson, 2006

    Films

    HOWARD R, Un homme d'exception (A Beautiful Man), 2001

    LOACH K, Family Life, 1971

     

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    Commentaires (3)

    3. Simon Le 03/05/2008 à 00:29

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    Pour ce qui est des grandes tragédies de l'histoire et des manipulations de masses, je ne pense pas qu'on pourra les expliquer si facilement. Andral, si ce sujet t'intéresse, je te recommande de te pencher sur la psychologie sociale (un aperçu serait l'expérience de Milgram sur la soumission à l'autorité). Quand à manipuler un schizophrène, je ne pense pas que cela soit envisageable ^_^

    Effectivement on peut considérer que l'homme est toujours schizophrène, si on sort du cadre pathologique, puisque schizophrène signifie une personnalité scindée, et l'on peut envisager l'homme comme étant composé de personnalité multiples.

    Il ne faudrait par contre pas dire que parce que la psychanalyse ne peut pas vraiment soigner un psychotique (comme l'a reconnu Freud), on n'arrive pas à soigner un individu. La psychanalyse est un aspect de la psychologie, et il en existe bien d'autres. Justement, pour soigner un individu, il ne faut pas l'envisager dans sa seule individualité, mais aussi dans le cadre du social (merci Durkhein et son étude sur le suicide), du familial (cf: l'école de Palo Alto et les thérapies systémiques) et du transgénérationnel (cf: Aïe mes aieux! de Anne Ancelin Schützenberger).

    Pour ce qui est des hallucinations, je te suggère de te renseigner dans un manuel de psychopathologie pour comprendre ce que l'on entend par hallucination.

    2. Simon Le 03/05/2008 à 00:15

    Envoyer un e-mail à Simon
    "Métapsychologie

    "Le Moi psychotique

    - On peut insister sur la non fonctionnalité du Surmoi, il n'assure pas son rôle de médiateur entre le monde extérieur et le ça.
    [...]

    Le Moi psychotique et la réalité

    - La psychose résulte du conflit entre le Moi et la réalité (ce qui est différent des névroses, conflit entre le Moi et le ça). Désinvestissement du réel."

    Il me semble ici qu'il y a confusion et contradiction.
    Effectivement dans la métapsychologie freudienne, la névrose résulte d'un conflit entre le Moi et le ça, c'est à dire d'un problème au niveau de l'intériorisation des règles du Surmoi. Il me semble donc qu'il ne faille donc pas confondre et définir le Moi psychotique comme la non fonctionnalité du Surmoi.

    Pour répondre à Andral, la différence entre l'état dit normal et l'état pathologique se situe au niveau de l'intensité du symptôme (le symptôme qui agit d'ailleurs comme défense contre la pulsion).
    De plus, toute personne est potentiellement sujette à la décompensation, c'est à dire à la rupture de l'équilibre psychique, car un évènement ou une parole peut atteindre une faille narcissique de notre inconscient (qui peut d'ailleurs être héritée des générations précédentes). C'est ce que Andral appelle montrer une faiblesse.
    Cependant, il ne faut pas confondre le Moi poreux qui est effectivement une désorganisation de la structure du Moi propre à la psychose (puisque le Moi se confond avec la Réalité). Les schizophrénies illustrent bien ce Moi poreux, il faut comprendre par "morcellement" que le corps du psychotique n'est pas vécu comme unifié, et par "dissociation" et "confusion au niveau de l'interne et de l'externe" que par exemple, pour un psychotique, sa main n'est pas sa main ou que votre main est sa main.

    Cordialement itou.

    1. andral Le 26/02/2008 à 19:56

    Envoyer un e-mail à andral
    Bonjour,

    De toutes les definitions, la votre m est la plus parlante. Reste que toute personne normale peut se sentir concerne par celle ci, non ? En tout les cas, je connais peu de gens qui d une maniere ou d une autre ne montrent pas de faiblesses tel qu un moi poreux (a un moment donnee). La difference essentielle est precisemment dans la capacite a garder la conscience de la realite dans ces codes dits "normaux" tant du point de vue subjectif qu objectif. Pour les autres, ces codes ont perdu de leur signifiant. cela parrceque le cote emotionnel a vole en eclat a un moment donne. Mais franchement, la limite entre personne dites normale et schizophrene tient a peu de chose... Sinon, comment expliquer les grandes tragedies de l histoire ? les manipulations de masses ? Bref, l humain est schizophrene depuis qu il a acquis la conscience de ce que vous appelez le "moi". Car en lisant votre definition et en la comparant a l histoire de l humanite, on retrouve bien tous les symptomes decrits ici. Mais comment soigner l humanite toute entiere quand on ne sait pas soigner ou si difficilement un seul individu ? Reste les hallucinations, mais qui peut dire si se parler a soi meme n est pas une forme d hallucination controle !?

    Cordialement
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    Dernière mise à jour de cette rubrique le 16/08/2006

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