Communication de personne à personne où on parle, écoute et regarde. La communication est verbale mais également non verbale, les silences, les attitudes, les émotions et les regards en disent aussi long que les mots.
L'entretien clinique se situe toujours dans une relation thérapeutique, c'est-à-dire soit d'aide soit de conseil. Il s'agit d'un entretien très particulier où le clinicien se veut toujours bienveillant où il fera disparaître autant que possible sa problématique personnelle. C'est la façon la plus naturelle d'entrer en communication avec un être, il suffit de laisser parler pour qu'un être s'exprime, mais dans la réalité cette liberté de parole se heurte chez chacun à toutes nos résistances inconscientes, tout l'art du clinicien sera de faciliter l'expression de son patient.
L'entretien clinique est toujours orienté vers la subjectivité du patient. Le psychologue va privilégier la réalité de ce qui est vécu par le patient tout en sachant pertinemment que ce vécu n'a pas une réalité objective. Un événement peut être inventé ou modifié consciemment ou inconsciemment car cela fait parti des besoins du sujet. L'entretien clinique sera aussi peu directif que possible, on le démarre par une formule introductive du premier entretien qui est déterminante pour la qualité de tous les autres entretiens. Le psychologue clinicien peut influencer le déroulement de l'entretien par une multitude de facteurs inducteurs verbaux et para-verbaux, par la nature des questions par exemple. Le clinicien évite les commentaires et garde son avis pour soi, il évite les jugements. Les interprétations sont faites à un niveau psychologique et non moral. Dans l'idéal, le clinicien doit être conscient de toutes ses actions et réactions. Dans l'entretien clinique libre, la prise de note est toujours problématique. Le fait d'écrire restreint l'attention, le patient peut s'en irriter et punir le psy en s'exprimant moins ou trop. Chaque clinicien doit trouver pour chaque patient la situation qui perturbe le moins.
I. La directivité et la non-directivité de Carl Rogers
Le concept de non-directivité a été élaboré par le psychologue Carl Rogers (américain né en 1902) puis en France par Max Pagés. Ouvrages de Rogers : Le développement de la personne et La liberté pour apprendre.
Il part du principe que chaque individu possède en lui-même toutes les ressources psychologiques qui lui sont nécessaires. En chaque être humain, il existe un sentiment profond qui le pousse à son épanouissement, cela s'appelle la force actualisante. Pour que cette force actualisante puisse émerger, l'individu doit se représenter dans un climat effaceur dans une méthode de non-directivité. Laisser parler le sujet sans l'interrompre, sans le juger ni le critiquer, sans le questionner ou le réconforter avec une attention et sympathie en s'abstenant de toute interprétation. Le psychologue non directif fait preuve d'une certaine neutralité en ce qui concerne les valeurs morales, sociales, religieuses ou philosophiques. Il ne doit pas chercher à faire passer un idéal, une façon de faire mais il doit permettre à l'individu de faire son propre cheminement. C'est fondamentalement une attitude de respect de l'autre et de confiance en l'homme. Rogers appelle cela le regard positif inconditionnel. L'hypothèse de Rogers : celui qui se sent compris et accepté tel qu'il est se réconcilie avec lui-même, devient plus heureux et épanoui sa personne. Comme il n'a plus besoin de dissimuler donc plus besoin de refouler dans l'inconscient et l'anxiété disparaît. Cette attitude non directive est ni de l'indifférence ni de la passivité, ce qu'elle veut c'est encourager le patient à s'exprimer. Pour cela, le thérapeute ne va pas toujours rester silencieux et il peut stimuler son expression en répétant un mot de son discours et en reformulant ce que son sujet lui dit. C'est ce jeu de miroir qui conduit le patient à se voir et à se reconnaître tel qu'il est. Condition à cette réussite, Rogers : 'Pour permettre à celui qui vous fait face de s'exprimer sans résistance il faut être soi-même d'une sincérité absolue'. C'est ce qu'il appelle la congruence qu'il définit comme l'accord profond entre ce que l'on est réellement et ce que l'on manifeste. L'autre qualité fondamentale est la tolérance, l'ouverture à autrui sans laquelle aucune compréhension est possible.
II. La communication non-verbale
Le discours explicite d'un sujet ne rend que partiellement compte de ce qu'il communique. Donc, en clinique, il faut prendre en considération l'ensemble des réactions, en particulier la mimique, le regard, la gestuelle et les silences.
La mimique et la gestuelle : c'est le moyen de communication le plus archaïque et qui existe depuis toutes les premières semaines du bébé. La mimique est un moyen de communication volontaire destinée au visage et au regard de la mère et bien sûr toutes les émotions s'y expriment traduisant extérieurement les affects intérieurs, en particulier l'affection et l'agressivité. On peut dire que la gestuelle est la mimique du corps indiquant nettement les intentions d'accueil ou de rejet. Tous ces messages émis peuvent converger ou se contredire.
Le regard : c'est un aspect privilégié de la communication et de la réciprocité, il assure le maintien du contact avec l'autre. Lorsque je regarde l'autre qui me regarde je sais que la communication entre nous est établie, autrement dit le regard est un moment fondateur de l'échange. Lorsque nous regardons quelqu'un dans les yeux, nous sommes donc en contact d'intimité réciproque et lorsque nous détournons le regard nous rompons délibérément la communication. Les gens qui s'aiment, par le regard, sont en relation fusionnelle et toute l'affectivité peut s'y exprimer.
Le silence : il n'est qu'apparemment une absence de communication, le plus souvent lourd de sens. En clinique et en psychothérapie, des séances entières peuvent être silencieuses. Ce silence peut être défensif, voire agressif mais également profondément fusionnel, tout à fait heureux et privilégié. Pour le clinicien, le silence de l'autre doit être bien géré, c'est-à-dire d'abord respecté. Plus on est anxieux moins on supporte le silence de l'autre. Le silence en thérapie est aussi un espace de projection facile, il doit toujours se replacer dans le sens le plus général de la communication du sujet.
Conclusion : que la demande du patient soit diagnostic ou thérapeutique, il est impossible au clinicien de séparer les deux finalités, comprendre et aider, on ne peut pas aider quelqu'un que l'on n'a pas compris. Lorsque l'on s'engage dans une relation thérapeutique, on le comprend de mieux en mieux, mais il y a de réels obstacles affectifs et intellectuels à cette compréhension et la simplicité apparente d'un entretien est tout à fait trompeuse. Il n'y a aucune méthode objectivement infaillible qui permette de réussir un entretien et il y a une multitude de raisons subjectives pour échouer. La seule chose dont nous soyons sûrs est que l'efficacité thérapeutique provient beaucoup moins de ce que nous savons du sujet que du peu que nous savons sur nous-même. Dans un entretien, c'est souvent dans l'écoute de ses propres émotions que nous trouvons le sens de l'émotion de l'autre.
BENONY H, L'entretien clinique, Dunod, 2003
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GROSSEN M, SALAZAR ORVIG A, L'entretien clinique en pratiques, Belin, 2006
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LEBOVICI S, Le Nourrisson, la mère et le psychanalyste : les interactions précoces, Paris, Editions Bayard, 1999
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